Olivier RAYNAUD, directeur-conservateur, et Sébastien GREAUX, chargé de mission milieu marin à l’ATE  

 

1-1-recif-mangel-pds-avril-09-1Le97133 – Quels requins dans les eaux de Saint-Barth ?

Il y a une dizaine d’espèces de requins que l’on est susceptible de rencontrer régulièrement sur St-Barth, avec une nette prédominance de quatre d’entre elles, sans hiérarchie : le requin dormeur ou nourrice, le requin citron, le requin gris de récif, ou encore le requin bordé. Cette année il n’a été rapporté par exemple d’une seule observation de requin marteau. En revanche les citrons et dormeurs se reproduisent couramment dans nos eaux. Il n’y a pas une connaissance précise de l’évolution des populations de squales, même si l’on peut considérer que la tendance est à la baisse comme ailleurs.

A St-Barth les sites où l’on peut découvrir les requins sont connus et constituent des attractions touristiques faciles d’accès et très appréciées des plongeurs. Aucune attaque de squale n’a été déplorée. À ce titre il peut être rappelé la formule qui dit qu’un requin péché rapporte 100 USD à la découpe alors qu’un requin vivant pèse 2 millions de USD compte tenu des retombées touristiques auxquelles il faudrait ajouter les contributions à l’écosystème.

 

Le97133 – La pêche de requins est interdite du 1er mai au 31 août à Saint-Barth, quel est l’objectif de cette mesure ?

Notre volonté est tout simplement de protéger les requins. Nos observations nous ont permis de savoir que cette période correspond à St-Barth à celle où les femelles requins se rapprochent des côtes pour la naissance des juvéniles que nous voyons en ce moment. Il nous faut donc protéger les mères avant la mise bas et les premiers mois des jeunes requins le long des côtes. Cette mesure a été prise bien entendu en concertation avec les pêcheurs professionnels et plaisanciers de St-Barth qui sont sensibles à la question de la préservation des ressources. Je précise que pour les espèces de requins les plus menacés (marteaux, baleines…) la pêche est interdite toute l’année.

D’une façon plus générale, on ne le dit pas suffisamment, les requins sont chassés et menacés d’extinction partout dans le monde (surpêche, élimination systématique…). Chaque année selon la FAO près de 100 millions de requins sont tués. Et depuis un siècle près de 90% de la population de requins aurait disparu. Pour autant les squales, prédateurs par excellence, sont essentiels à l’équilibre de l’écosystème marin. Il nous faut oublier les clichés habituels. Les requins assurent une régulation naturelle qui permet un développement harmonieux des différentes espèces du milieu marin avec un impact positif jusqu’au niveau des récifs et des algues. À titre d’exemple l’on peut penser que si nous avions davantage de grands mérous et de requins l’invasion de la Caraïbe par le poisson-lion – qui n’a pas de prédateurs – ne serait pas aussi catastrophique !

 

Le97133 – Quels sont les projets de l’Agence Territoriale de L’Environnement en la matière ?

L’ATE qui compte 7 agents dont 6 vont prochainement être commissionnés assermentés – donc en mesure de rechercher et constater les infractions commises – a un champ d’intervention vaste en lien avec la mise en œuvre du Code de l’Environnement de St-Barth (gestion de la ressource dans la ZEE ainsi que de la réserve naturelle ; amélioration des connaissances/lutte contre les espèces invasives et atténuation des impacts sur le milieu terrestre ; promotion des énergies renouvelables…).

Pour le domaine maritime il convient de citer le projet Fin Print qui vise à développer un suivi des populations de requins ainsi qu’un projet sur financement européen pour la lutte contre le poisson-lion…

À signaler enfin, pour la rentrée et sur un plan plus général, les manifestations et conférences que nous organiserons du 21 au 23 octobre pour célébrer le 20ème anniversaire de la réserve naturelle de St-Barth !

 

Propos recueillis par Charles Apanon, photos ATE.

Partagez sur :

FacebookTwitterGoogle